
Activités nautiques pendant Diwali sur le lac Bharatmata Sarovar, désormais achevé. (Avec l’aimable autorisation de HK)
Comment les diamants permettent de réapprovisionner en eau les zones rurales de l’Inde
Les rivières coulent à nouveau, les terres agricoles renaissent et les communautés se transforment. Derrière tout cela se cache une facette inattendue de l’industrie diamantaire indienne.
L’industrie indienne du diamant est un secteur très puissant, notamment à Surat, plaque tournante mondiale de la taille et du polissage des diamants. Près d’un million de personnes y tirent directement leur subsistance de ce secteur, et l’Inde taille et polit près de 90 % des diamants naturels du monde. Mais l’influence de cette industrie ne s’arrête pas à la meule de taille.
Partout dans les zones rurales de l’Inde, les entreprises du secteur du diamant mettent leur succès au service d’un enjeu encore plus fondamental : l’eau. En réhabilitant les rivières et les lacs, en construisant des barrages et en apportant leur soutien aux communautés confrontées à une grave pénurie d’eau, ce secteur crée un effet d’entraînement qui profite aux exploitations agricoles, aux familles et à des écosystèmes entiers.

Quand l’eau revient, tout change
L’une des plus grandes initiatives de restauration des ressources en eau soutenues par l’industrie indienne du diamant est celle de Hari Krishna Exports (HK), qui a lancé « Mission River » afin de restaurer les rivières et les lacs dans les régions les plus durement touchées par la pénurie d’eau. L’ampleur du projet est impressionnante : 155 rivières et lacs restaurés, offrant une capacité de stockage d’au moins 20 milliards de litres d’eau.
Plus de 250 000 agriculteurs ont bénéficié d’un système d’irrigation plus fiable. Dans certaines zones touchées, les rendements agricoles ont augmenté jusqu’à 100 %. Mais les retombées vont bien au-delà des cultures. Une plus grande disponibilité en eau peut se traduire par une meilleure sécurité alimentaire, une diminution du risque de maladies d’origine hydrique et le retour de la faune sauvage dans des paysages autrefois marqués par la pénurie.
Jayshree Ben Butiliya a été témoin de cette évolution de près. En tant qu’intervenante Anganwadi, elle a passé des années à observer les effets de la malnutrition sur les enfants, alors que les champs stériles et la pénurie d’eau empêchaient les familles de cultiver suffisamment de nourriture. Après que « Mission River » eut rétabli l’approvisionnement en eau de ces terres, les cultures ont recommencé à pousser. Les familles ont pu produire leur propre nourriture. Et Jayshree a vu les enfants, autrefois souffrant de malnutrition, retrouver la santé et devenir plus robustes.
Un projet d’approvisionnement en eau avait changé bien plus que le simple approvisionnement en eau.

Taille de diamants et construction de barrages
Shree Ramkrishna Exports (SRK) a adopté une approche différente face à ce même défi. Cette entreprise spécialisée dans les diamants naturels a contribué à la construction de barrages et de canaux dans plus de 100 villages, permettant ainsi de réguler le débit d’eau dans des régions où la situation peut osciller entre sécheresse et inondations.
Pour les agriculteurs, ces infrastructures représentent quelque chose d’apparemment simple : pouvoir compter sur l’eau même lorsque la pluie se fait attendre. Pour les communautés environnantes, cela signifie un accès plus régulier à l’eau potable tout au long de l’année. SRK indique que ses projets humanitaires bénéficient désormais à plus de 3,5 millions de personnes à travers l’Inde.
30 lacs. 29 villages. 300 millions de litres.
Les entreprises diamantaires Diarough et Jewelex interviennent également dans certaines des régions indiennes les plus touchées par le stress hydrique, grâce à leur soutien à l’association à but non lucratif Vicharta Samuday Samarthan Manch (VSSM).
Dans les villages où intervient la VSSM, les conditions climatiques extrêmes peuvent être dramatiques : sécheresse à la fin de l’hiver et en été, suivie d’inondations pendant la saison de la mousson. Les puits naturels se sont asséchés, tandis que le niveau des nappes phréatiques a chuté jusqu’à 1 000 pieds. À mesure que l’eau disparaissait, les sols se sont de plus en plus salinisés, rendant l’agriculture encore plus difficile.
Au cours des deux dernières années, les travaux de restauration des lacs soutenus par Diarough et Jewelex ont permis de désenvaser et d’approfondir 30 lacs répartis dans 29 villages, au bénéfice de près de 100 000 habitants. Au total, ces lacs restaurés ont permis d’augmenter la capacité de rétention d’eau de plus de 300 millions de litres, ce qui profite à la fois aux ménages et à l’agriculture, tout en favorisant le retour de la faune et de la flore locales.

Ce qu’un lac peut changer
Dans le village de Paadan, situé dans le bloc de Sui, dans le district de Banaskantha, forer plus profondément n’est pas la solution. Les eaux souterraines sont si salines que les forages ne constituent pas une option viable. Le village dépend donc d’un petit lac qui, traditionnellement, s’assèche en dehors de la saison de la mousson.
Grâce au soutien de Diarough, le lac a été approfondi et agrandi. Puis les pluies sont arrivées. Le lac agrandi s’est rempli à ras bord, créant ainsi une réserve d’eau destinée à subvenir aux besoins de la communauté tout au long de l’année.
Afin de renforcer encore ses initiatives en matière de gestion de l’eau, Jewelex met en place un système de récupération des eaux de pluie dans ses installations à des fins d’arrosage. De plus, l’entreprise a installé des équipements sanitaires ultra-économes en eau, ce qui lui permet d’économiser environ 450 000 litres d’eau par an dans le cadre de ses activités.
« Si les diamants sont souvent synonymes de luxe et d’exclusivité, leur valeur réelle dépasse largement le cadre de l’industrie de la joaillerie. » «
Et ce n’est qu’un début
Et cette initiative prend de l’ampleur. Le VSSM s’est fixé pour objectif de désenvaser 375 lacs supplémentaires d’ici 2030, ce qui pourrait permettre à des centaines de milliers de personnes vivant dans certaines des régions du Gujarat les plus exposées à la sécheresse de bénéficier d’un accès plus fiable à l’eau.
Assurer la continuité de cet approvisionnement en eau est un projet à long terme. Une surveillance régulière et l’entretien des infrastructures, associés à une collaboration avec les organismes publics et les communautés locales, visent à garantir le bon fonctionnement des réseaux d’eau restaurés bien au-delà de leur construction initiale. Ces projets peuvent également créer des emplois locaux dans les secteurs de la construction et de l’entretien, ce qui renforce encore leur impact économique.

L’impact ne s’arrête pas au bord de l’eau
En Inde, la relation avec les diamants naturels se mesure généralement en carats, en savoir-faire et en termes commerciaux. Mais il existe une autre façon de la mesurer : les rivières restaurées, les lacs remplis, les cultures qui poussent et les communautés disposant d’un approvisionnement en eau fiable.
Les recettes générées par le commerce des diamants ont permis à des entreprises telles que Shree Ramkrishna Exports, Hari Krishna Exports, Jewelex et Diarough d’investir au-delà de leurs propres activités, en soutenant des projets dont les retombées peuvent se répercuter sur des communautés entières.
Et alors que la pénurie d’eau et le changement climatique exercent une pression croissante sur les régions vulnérables, cet effet d’entraînement revêt une importance encore plus grande. Un lac restauré peut irriguer un champ. Ce champ peut nourrir une famille. Des récoltes fiables peuvent assurer des moyens de subsistance. Et le retour de l’eau dans un paysage peut permettre à un écosystème de renaître.
Parfois, l’impact d’un diamant commence bien avant qu’il n’atteigne un coffret à bijoux. Et parfois, il continue son chemin bien après.



