Jurnee Smollett est une actrice aux multiples facettes
Réalisation et photographie : Mark Lim
Stylisme : Alexandra Mandelkorn
Actrice. Mère. Femme libre. Jurnee Smollett assume toutes les facettes de sa personnalité, avec des diamants à l’image de sa personnalité.
« La première fois que j’ai porté des diamants, c’était lors de la première new-yorkaise du film *The Great Debaters* avec Denzel Washington », se souvient l’actrice Jurnee Smollett. C’est une chaude journée d’automne dans l’un des charmants canyons de Los Angeles, et Jurnee Smollett, vêtue d’un look décontracté mais soigné composé d’un jean et de bottes à semelles épaisses, répond avec enthousiasme à une série de questions sur les moments marquants de sa vie liés aux diamants.
« J’avais environ 20 ou 21 ans et Cartier m’a prêté tous ces diamants — j’étais tout simplement émerveillée. Nous avons grandi dans la pauvreté, et tout ce genre de choses nous semblait hors de notre portée, ou réservé à des femmes comme Diana Ross et Elizabeth Taylor. Pouvoir admirer de mes propres yeux le savoir-faire artistique et l’énergie unique des diamants a été une expérience vraiment exceptionnelle. »
Bien qu’elle soit l’une des actrices les plus terre-à-terre que l’on puisse espérer rencontrer, Smollett adore se mettre en valeur avec des bijoux. Elle s’est récemment fait faire plusieurs piercings (sept au total désormais) à une de ses oreilles, et prévoit d’y retourner dès que possible pour compléter l’autre. « Je suis allergique aux bijoux fantaisie, petite anecdote », confie-t-elle lorsqu’on l’interroge sur ses talismans préférés. « Ça me fait littéralement enfléer les oreilles. »
Elle ne fait pas de favoritisme
Pour son reportage en couverture, Smollett a pu allier son esprit créatif à sa passion pour la haute joaillerie, incarnant différents personnages grâce à des changements de coiffure, de garde-robe et, bien sûr, de diamants. « Je pense qu’en vieillissant, je me rends compte qu’il n’y a rien de mal à assumer toutes les facettes complexes de ma féminité », explique Smollett à propos de l’inspiration derrière cette séance photo. « Un jour, j’ai envie de me présenter en bottes militaires, en jean et en t-shirt », fait-elle remarquer en référence à sa tenue pour cette interview, « et cela me semble authentique dans cette ambiance et cet espace. La mode, c’est vraiment une façon de s’exprimer ici et maintenant. Tout le reste, ce que nous en faisons, relève de la mise en scène et n’est pas réellement de la créativité », conclut-elle.
Cette séance photo a toutefois permis de faire ressortir ce type d’expression personnelle collaborative qu’elle adore. « C’était tout simplement un immense terrain de jeu », dit-elle à propos de cette expérience. « Je m’amuse rarement lors des séances photo, car, honnêtement, cela va un peu à l’encontre de ma relation avec l’objectif — le fait de regarder directement dans l’objectif — : je ne suis pas mannequin. Je suis actrice, je raconte des histoires. C’est donc un tout autre réflexe, ce qui peut s’avérer gênant. »
Lorsqu’on lui a demandé si elle avait une pièce, un look ou un moment préféré parmi ceux du shooting, elle s’est montrée réticente. « Je suis Balance ; je ne peux pas choisir de favori », a-t-elle répondu avant de citer ses trois coups de cœur, notamment un diamant en forme de poire qui « ressemble à quelque chose qu’Elizabeth Taylor aurait porté » ; des boucles d’oreilles en diamant transformées en accessoires de coiffure par la coiffeuse Nikki Nelms, « je me sentais comme une reine qui n’avait pas besoin de couronne » ; et une tenue Louis Vuitton aux lignes architecturales, avec un chignon lissé vers l’arrière, agrémentée de bijoux Melissa Kaye et Louis Vuitton.


La femme sauvage se retrouve toujours
« Après avoir tant exploré l’énergie divine féminine, cela m’a fait du bien de m’intéresser un peu davantage à l’énergie divine masculine, car nous portons ces deux aspects en nous. J’ai besoin de cet équilibre. Je ne partage pas cette idée selon laquelle nous serions tous soit l’un, soit l’autre », explique Smollett. « Souvent, lorsque je me glisse dans la peau d’un personnage, il s’agit d’explorer les différentes nuances, les formes et les énergies. En tant que société, nous aimons leur attribuer des noms et des étiquettes, car nous avons besoin de les comprendre. Et cela a sa valeur, car chacun a besoin de se sentir reconnu. Mais quand on parle de son instrument, il s’agit simplement d’une énergie qui circule à travers vous. »
L’énergie de Smollett est chaleureuse et contagieuse ; associée à sa détermination et à son courage, elle lui a permis de se voir confier de nombreux rôles tout au long de sa carrière, qui s’étend sur plusieurs décennies. « En général, si l’on me cantonne à un certain type de rôle, c’est celui de la femme sauvage », dit-elle, faisant référence à un archétype tiré du célèbre livre de Clarissa Pinkola Estés, *Les femmes qui courent avec les loups*. « Je pense que ce n’est rien d’autre que la mémoire ancestrale. L’un de mes professeurs en parle beaucoup : ces personnages ne vous sont pas attribués par hasard. »
Son dernier rôle est celui de l’héroïne du thriller Netflix *Lou*, réalisé par Anna Foerster, dont la sortie sur Netflix a eu lieu le 23 septembre. Smollett incarne Hannah, une survivante de violences conjugales contrainte de se lancer dans un parcours héroïque lorsque sa fille est kidnappée. Allison Janney incarne la voisine solitaire qui se joint à Hannah dans son odyssée. « C’est une belle histoire qui parle tout simplement de deux femmes très différentes, issues de milieux très différents », explique Smollett. « Nous sommes contraintes de travailler ensemble et de traverser les bois en pleine tempête. Nous devons affronter les éléments, les démons de notre passé et nous opposer l’une à l’autre tout en essayant de sauver [ma fille] des mains de mon ex-mari. » Ce projet marque également les débuts de Smollett en tant que productrice, et d’autres projets de production sont en cours de réalisation.
Son premier diamant avait une histoire
Tourné dans la nature sauvage de Vancouver, « Lou » a permis à Smollett de se plonger dans la femme sauvage qui sommeille en son personnage — et de passer un excellent moment par la même occasion. « J’ai pu m’amuser dans les bois pendant des mois avec Allison Janney », raconte-t-elle. « [Elle est] une véritable icône et l’une des actrices les plus généreuses avec lesquelles j’ai jamais travaillé. Nous avons vraiment dû tisser des liens, car le tournage était difficile, se déroulant à 100 % en extérieur. »
Que les conditions soient difficiles ou non, Smollett n’est pas du genre à se laisser décourager par les éléments. « C’était tout simplement magnifique », dit-elle à propos du paysage. « Je me connecte à l’esprit de la maman ourse qui sommeille en moi, et j’ai fait la rencontre d’une maman ourse lors de l’un de nos derniers jours de tournage : ses oursons étaient sur la plage et elle pêchait. C’était vraiment très émouvant. J’ai tendance à me plonger dans la dimension spirituelle du travail et du personnage. Et c’était comme un petit signe de la nature qui me disait : “Vous êtes sur la bonne voie.” »
Smollett joue depuis son enfance ; elle a notamment donné la réplique à Samuel L. Jackson dans Eve’s Bayou et en tant que personnage récurrent dans des sitcoms des années 90 telles que Full House et En compagnie de M. Cooper. En réalité, c’est grâce à Kasi Lemmons, qui l’a dirigée dans Eve’s Bayou. « J’avais 10 ans », se souvient Smollett. C’était un collier de perles orné d’un cœur, avec un tout petit diamant au centre de ce cœur. Et elle y avait fait graver au dos : « À Jurnee. Je t’aime, Kasi. » Recevoir son premier véritable bijou fut un moment de grande joie, mais ce sont surtout le geste et l’intention qui se cachaient derrière ce cadeau qui l’ont vraiment émue.
À l’aube de la vingtaine, elle a remporté un NAACP Award pour son rôle dans le célèbre film de Denzel Washington, *The Great Debaters*. Elle a ensuite joué dans une multitude de films et de séries, notamment *Underground* sur WGN, *Spiderhead* sur Netflix et *Lovecraft Country* sur HBO , cette dernière lui ayant valu une nomination aux Emmy Awards. Dans l’un de ses nombreux projets à venir, *The Burial*, Smollett incarne une avocate qui affronte Jamie Foxx au tribunal.


Les bonnes choses, ça se transmet de génération en génération
« Même dans son tailleur… elle a l’esprit d’une femme sauvage », explique Smollett à propos de son personnage, « qui tente de s’affranchir des normes sociales. Si c’est là le rôle qui m’est attribué, cela me convient. » Interrogée sur le rôle de ses rêves, elle révèle : « En fait, je suis actuellement en pourparlers pour l’interpréter. Je ne peux pas encore en parler, mais c’est vraiment un moment où j’ai envie de me pincer pour y croire : c’est le rôle que j’ai toujours rêvé d’interpréter depuis que je suis adulte. »
En tant qu’actrice, Smollett est époustouflante à regarder, mais elle est également d’une générosité et d’une franchise désarmantes hors écran, ce qui est une perle rare au milieu du faste souvent insipide d’Hollywood. Au-delà de sa filmographie, c’est le genre de personne que l’on aimerait avoir à sa table. Elle est raffinée et incroyablement intelligente, mais c’est la profondeur de son âme, si mûre pour son âge, qui la rend véritablement magnétique.
« Mes langages d’amour sont sans aucun doute les moments privilégiés et les gestes de gentillesse », déclare Smollett, lorsqu’on lui fait remarquer qu’elle a un don pour offrir des cadeaux. Elle vient de répondre à une série de questions sur ses achats de diamants mémorables, révélant que les diamants naturels les plus remarquables qu’elle ait jamais achetés étaient en réalité destinés à sa mère : une paire de boucles d’oreilles portant les initiales de ses petits-enfants. Comme pour la plupart des choses chez Smollett, c’est l’intention qui compte. « Mon frère Jake ne quitte jamais ma maison sans s’assurer d’avoir sorti mes poubelles. C’est de cette famille que je viens. Je ne lui demande pas de le faire, j’habite en bas d’un grand escalier. »
En effet, elle fait partie d’une fratrie de six enfants, et sa mère, mère au foyer et militante ayant collaboré avec Angela Davis, a placé la barre très haut. « C’est une figure emblématique », déclare Smollett à propos de sa mère. « Elle m’a élevée en me faisant regarder des films classiques. Elle m’a fait lire l’autobiographie de Katharine Hepburn quand j’avais treize ans. C’est sans doute pour cela que je sais que je dois me lancer dans la production aujourd’hui, car Katharine Hepburn l’a fait elle-même. » Au-delà du glamour hollywoodien, la mère de Smollett lui a inculqué la ténacité, l’une de ces perles de sagesse qu’elle espère transmettre à son fils de cinq ans, Hunter.
Être mère selon ses propres choix
« [Ma mère] a eu une enfance difficile en tant que femme noire dans le Sud, dans les années 60 et 70. Mais elle est d’une grande résilience et nous a transmis cette force : si on vous met à terre huit fois, vous vous relevez neuf fois. Je ne pense pas que j’aurais survécu dans ce milieu sans cela. »
Smollett est une mère célibataire qui travaille, et il est clair que malgré tous ses rôles de premier plan, le plus important reste toujours celui de maman de Hunter. « L’instinct maternel qui est en moi me pousse à protéger farouchement sa curiosité, son imagination, ses questionnements, ce goût de l’exploration propre aux enfants… Les enfants comptent parmi les plus grands artistes. » C’est un rôle qu’elle est déterminée à incarner à sa manière. « Je ne voulais pas que la maternité me donne l’impression d’être une mort », explique-t-elle lorsqu’on l’interroge sur la conciliation entre son rôle de mère et sa carrière. « Malheureusement, notre société n’a pas encore suffisamment évolué pour offrir une place aux femmes qui souhaitent se consacrer à ce qu’elles aiment sans pour autant négliger leurs proches », explique-t-elle. Smollett trace une troisième voie : elle poursuit sa passion tout en emmenant son fils partout où son travail l’emmène.
Elle réfléchit à la dialectique des figures maternelles de sa lignée : « Ma grand-mère était mère célibataire, elle a travaillé toute sa vie et a élevé quatre enfants dans le Sud. Et je pense que ma mère a inversé la tendance. Elle voulait être plus présente que sa mère n’avait pu l’être, mais j’essaie de trouver un juste milieu. »
C’est un thème dont l’équipe a souvent discuté pendant le tournage de *Lou*. Smollett déclare : « Nous portons tant de jugements sur nous-mêmes, et la société en porte tant sur les mères. Comment trouver l’espace pour simplement se dire : “Je fais de mon mieux. Et cela suffit. » Ce qui nous ramène une fois de plus aux langages de l’amour : le temps et la bienveillance. « Je repense à la façon dont ma mère nous a tous élevés et je chéris le fait qu’elle ait été si présente, ainsi que ses qualités d’altruisme et de générosité », déclare Smollett.


Ce qui n’a en réalité pas de prix
Elle réfléchit à la dialectique des figures maternelles de sa lignée : « Ma grand-mère était mère célibataire, elle a travaillé toute sa vie et a élevé quatre enfants dans le Sud. Et je pense que ma mère a inversé la tendance. Elle voulait être plus présente que sa mère n’avait pu l’être, mais j’essaie de trouver un juste milieu. »
C’est un thème dont l’équipe a souvent discuté pendant le tournage de *Lou*. Smollett déclare : « Nous portons tant de jugements sur nous-mêmes, et la société en porte tant sur les mères. Comment trouver l’espace pour simplement se dire : “Je fais de mon mieux. Et cela suffit. » Ce qui nous ramène une fois de plus aux langages de l’amour : le temps et la bienveillance. « Je repense à la façon dont ma mère nous a tous élevés et je chéris le fait qu’elle ait été si présente, ainsi que ses qualités d’altruisme et de générosité », déclare Smollett.
Une autre perle qu’elle souhaite transmettre à Hunter nous vient de Denzel Washington. « Denzel dit : “On n’a jamais vu une remorque U-Haul suivre un corbillard — on ne peut pas emporter ses biens avec soi” », raconte-t-elle avec le sourire. « Une autre belle maxime qu’il m’a dite, c’est : “L’homme décerne des prix, Dieu accorde des récompenses.” On ne peut pas acheter des moments de qualité : ils n’ont en réalité pas de prix. » Elle précise : « Je ne partage pas l’idée selon laquelle l’argent est la solution. J’en ai eu, j’en ai perdu, j’en ai eu, j’en ai perdu, j’en ai eu à nouveau. »
Les diamants se forment sous une pression extrême : ils doivent traverser bien des épreuves avant d’atteindre une pureté parfaite. En discutant avec Jurnee Smollett, on a le sentiment qu’elle a une expérience de vie solide et qu’elle a su trouver le moyen de s’épanouir même dans les conditions les plus difficiles. Entre son rôle dans *Lou* et la liste de ses projets à venir, le talent de Jurnee Smollett est indéniable.

En général, s’il y a un rôle qui me correspond, c’est bien celui de la femme rebelle.
Réalisateur/Directeur de la photographie : Mark Lim
Directrice artistique: Lizzy Oppenheimer
Styliste : Alexandra Mandelkorn
Coiffure : Nikki Nelms
Maquillage : Jorge Monroy
Manucure : Emi Kudo
Directeur de la photographie : Carl Knight
Monteur vidéo : Bruno Alves
Coloriste : Natasha Wong
Compositeur sonore : Mark Lim
Assistant caméra : Kelvin Kataria
Steadicam : Gio Barot
Responsable principal : Robert Olivia Junior
Assistant électricien : Dave Blundell
Responsable des accessoires : Beau Beagles
Assistant chef machiniste : Roman Reardon
Technologies numériques : Yuhsing Lim
Assistant photo : Patrick Molina
Assistant styliste : Drew Cockrell
Couturière : Maureen Lessman
Enregistrement sonore : Kai Morrison
Réalisé par : Petty Cash Production



